Pour les enseignants, formateurs et étudiants

Matériel pédagogique

Deux cours prêts à l'emploi, librement adaptables. L'un est un séminaire académique de niveau master ; l'autre un atelier pratique pour celles et ceux qui écrivent sur le continent pour vivre. Les deux peuvent être donnés en français ou en anglais.

Séminaire de master · 12 séances de 2 heures

Médias d'Occident et représentations de l'Afrique

Un séminaire bâti directement sur l'étude de cas du livre. Les étudiants apprennent à déceler les angles morts du journalisme international, à mesurer leurs conséquences politiques, diplomatiques et économiques, et à esquisser les contours d'un journalisme décolonisé. Évaluation : participation et fiches de lecture (30 %), exposé en binôme sur un cadre (30 %), dossier final d'analyse de corpus (40 %).

Pourquoi les récits comptent

Présentation du séminaire, de ses objectifs et de ses méthodes. Discussion inaugurale autour de l'essai satirique de Binyavanga Wainaina. Pourquoi les histoires que nous racontons sur le monde façonnent-elles le monde ? Introduction au cadrage médiatique et au cas d'étude.

Lectures : Wainaina (2005) ; Hall, Representation, chap. 1.

Cadres et pouvoir : outils théoriques

Les trois piliers analytiques du cours. La théorie du cadrage (Entman) : sélection, mise en relief, omission. L'analyse critique du discours (Fairclough, Van Dijk) : comment le langage reproduit les rapports de pouvoir. La pensée postcoloniale (Saïd, Mbembe, Bhabha) : comment l'Occident construit son « Autre ».

Lectures : Entman (2004), chap. 1 ; Saïd, L'orientalisme, introduction ; Mbembe, De la postcolonie, introduction.

Deux guerres, deux scénarios : la Bosnie et le Congo

Étude comparée du traitement médiatique de la guerre de Bosnie (1992-1995) et de la Deuxième Guerre du Congo (1998-2003). Comment une guerre européenne devient un récit politique, tandis qu'une guerre africaine devient un récit naturel. Atelier sur des dépêches d'agence et des unes de magazines.

Lectures : Myers, Klak & Koehl (1996) ; Allen & Seaton (1999), chap. 2.

Le manuel colonial : généalogie d'un récit

Retour historique sur la fabrique du discours colonial au XIXᵉ siècle. Stanley, Hegel, Conrad, Kipling, Sir Harry Johnston. Les trois piliers : la terre sans histoire, l'esprit sauvage, le fardeau de l'homme blanc. Comment ces idées ont survécu à l'effondrement formel des empires.

Lectures : Conrad, Au cœur des ténèbres (extraits) ; Spurr (1993), chap. 1 et 4 ; Blanchard & Bancel (1998), extraits.

Cadre 1 — la naturalisation du conflit

Comment une guerre politique devient un cataclysme naturel. Analyse du vocabulaire géologique et météorologique mobilisé par The Economist et Le Point : « éruption », « descente aux enfers », « déluge de sang », « menace d'incendie ». Conséquences : effacement des acteurs, des causes et des enjeux. Atelier d'analyse textuelle sur le corpus 1998-1999.

Lectures : échantillon d'articles de The Economist (août-oct. 1998) ; Hegel, Leçons sur la philosophie de l'histoire (extraits).

Cadre 2 — la figure du sauvage

Le portrait de l'acteur irrationnel : Laurent-Désiré Kabila en « grand chef de village ». L'alibi tribal : comment le mot « tribu » remplace l'analyse politique. L'écho conradien : la guerre comme cauchemar gothique plutôt que comme événement géopolitique. Discussion sur la critique de Conrad par Chinua Achebe.

Lectures : Achebe (1977) ; corpus 1998-2001 ; Prunier (2009), chap. 4.

Cadre 3 — le sauveur occidental

Comment les initiatives africaines de paix (Lusaka 1999, Sun City 2002) sont systématiquement disqualifiées, et l'intervention occidentale (opération Artémis, 2003) présentée comme l'unique horizon rationnel. Lecture politique du fardeau de l'homme blanc à l'ère humanitaire.

Lectures : Kipling, The White Man's Burden ; The Economist, mai-juin 2003 ; Autesserre (2010), chap. 3.

Cadre 4 — le silence d'un continent

Le journaliste comme narrateur omniscient. La rareté des voix africaines dans le corpus. Quand une voix africaine est citée, à quelle fin ? Typologie de la voix du désespoir et de la voix de validation. La hiérarchie des expertises : qui a le droit de savoir ?

Lectures : Chomsky & Herman (1988), chap. 1 ; corpus ; Bourdieu, Sur la télévision (extraits).

Conséquences réelles : de l'apathie aux politiques publiques

L'architecture de l'apathie : pourquoi cinq millions de morts n'ont-ils pas provoqué de mobilisation occidentale ? La politique de la pitié : pourquoi l'aide humanitaire remplace-t-elle l'action politique ? L'économie de l'altérité : comment le récit colonial masque-t-il l'exploitation du coltan, du cobalt et de l'or ? Étude du rapport ONU de 2002.

Lectures : Moeller, Compassion Fatigue (extraits) ; rapport ONU S/2002/1146 ; Stearns (2011), chap. 11.

Études de cas comparées : au-delà du Congo

Le manuel colonial à l'œuvre ailleurs : la couverture du Mali et du Sahel (2012 à aujourd'hui), du Rwanda en 1994, de la Somalie, et plus récemment des conflits du M23 dans l'est de la RDC. Travail en groupes sur des corpus contemporains. Les mêmes cadres opèrent-ils encore ?

Lectures : Wall (2007) ; chroniques de Patrick Gathara ; corpus contemporain fourni en séance.

Briser le cadre : journalismes alternatifs

Des pratiques qui rompent avec le manuel colonial : Milo Rau (The Congo Tribunal), Patrick Gathara, les collectifs panafricains (The Continent, African Arguments), le Pulitzer Center. La boîte à outils du lecteur critique : écart d'agentivité, problème de l'expert, déficit de contexte, test de Conrad. Intervention envisagée d'un journaliste invité.

Lectures : Adichie, The Danger of a Single Story ; chroniques de Patrick Gathara ; extraits de The Continent.

Restitution et perspectives

Présentation des travaux finaux (analyses de corpus médiatiques contemporains). Discussion conclusive : peut-on décoloniser le journalisme international ? Quelles responsabilités pour les futurs praticiens, diplomates, chercheurs et citoyens ?

Évaluation finale : dossier d'analyse critique d'un corpus médiatique au choix (8 000 signes).

Cours pratique · 7 modules

Writing Africa — au-delà des stéréotypes faciles

Là où le séminaire diagnostique, ce cours soigne. Conçu pour les auteurs, journalistes et créateurs de contenus africains, il passe de la critique au métier : leçons vidéo courtes, exercices pratiques et évaluation par les pairs. La consigne est directe — écrivez comme si votre premier public était africain.

Module 1

Déconstruire le récit

Le regard colonial, la taxonomie des clichés — l'ouverture « lever de soleil sur la savane », l'obsession de la tribu, le sauveur blanc, la pornographie de la pauvreté — et le vocabulaire qui les porte.
Exercice : l'audit de clichés.

Module 2

L'art de la nuance

Rendre compte des réalités urbaines et de l'innovation sans condescendance. Le protocole de complexité : méthode des couches, approche par réseaux, télescope temporel.
Exercice : une heure d'observation au marché.

Module 3

La force du détail

Pourquoi « le soleil africain » est une facilité d'écriture. La boîte à outils du journalisme sensoriel et l'architecture de l'observation.
Exercice : décrire un trajet en 300 mots, huit mots interdits.

Module 4

L'éthique du récit

L'économie extractive des histoires, et le cadre de la dignité : consentement, valeur réciproque, contrôle du récit. Architecture des questions et protocole d'entretien sur le trauma.
Exercice : reformuler un entretien extractif.

Module 5

Écrire sur chez soi

La proximité comme atout et non comme problème. Équilibrer intimité et distance ; l'instinct de protection et la malédiction du savoir ; l'auteur comme traducteur.
Exercice : les deux traditions.

Module 6

Vendre la vraie histoire

La psychologie du rédacteur en chef. Les six éléments d'un pitch : accroche, enjeux, accès, public, images, impact. Le sandwich de complexité et la frappe préventive.
Exercice : le triple pitch.

Module 7 · Projet final

Le dossier d'une histoire nuancée

Valider un sujet avec la grille de vérification, produire un article de 800 à 1 000 mots ou un script de cinq minutes, et rédiger un pitch de 250 mots. La pièce doit démontrer précision, dignité dans le reportage et complexité.

Adopter le livre pour un cours

Le livre est court — 148 pages — et conçu pour être donné en entier. Il convient à l'enseignement de licence et de master en sciences de l'information, journalisme, études africaines, relations internationales et développement.